Comme tous les ans, la commune de Tourouvre se souvient du drame qui a touché la commune le 13 août 1944. Dimanche midi, au cimetière de Tourouvre s’est tenue la cérémonie commémorative de cette tragédie du 13 août 1944 à Tourouvre, en présence de Jean-Jacques Bouttier, maire-adjoint, de Paule Klymko et de Jean-Vincent du Lac, conseillers départementaux, de Jean-Edouard Gueugnon, président de l’association » Les Passeurs de Mémoire, Tourouvre 13 août 1944 « , des porte-drapeaux et des sapeurs-pompiers.
18 victimes, 57 maisons incendiées
Jean-Jacques Bouttier a rappelé les faits qui ont marqué cette journée sombre de l’histoire de la commune. » Nous sommes réunis pour rendre hommage aux 18 victimes tourouvraines assassinées par les SS de la 12e Division Hitlerjugend. Le 6 juin 1944, le Débarquement allié amorce la libération de notre pays, occupé par les forces allemandes depuis quatre ans, la Bataille de Normandie démarre et se terminera fin août 1944. Les Alliés progressent sur notre territoire, aidés par la Résistance. L’armée allemande se bat mais la déroute commence, ils vont bientôt repasser la Seine. Le 13 août 1944, alors qu’ils avaient quitté Tourouvre, les SS reviennent dans notre commune. Les forces alliées sont en approche de notre village ».
Un soldat allemand a été découvert mort, tué la veille lors d’un bombardement et son corps a été ramené à la Kommandantur. « Les Allemands ont pensé qu’il avait été assassiné », poursuit l’élu. « Rapidement, la tension monte et les nazis, sous les ordres du capitaine Boer, tuent 18 habitants, ils avaient entre 14 et 74 ans et incendient 57 maisons. Tourouvre est au cœur de l’enfer. Les SS rassemblent des villageois et prennent 80 otages et les enferment pour la nuit au château de la Foucaudière. M. Guerrier qui parle allemand, parlemente avec les Allemands et le lendemain à 10 h, les 80 otages sont libérés, un autre drame a pu être évité. Les SS quittent Tourouvre le 14 août dans la journée laissant derrière eux Tourouvre et ses ruines fumantes, les Américains arrivent à 18 h ».
80e anniversaire
en 2024
Jean-Edouard Gueugnon a rendu hommage aux 18 victimes. » L’année prochaine marquera les 80 ans de ce massacre. Les noms que vous entendrez d’ici quelques minutes feront de vous des témoins, je souhaite que vous soyez maintenant des passeurs afin que ne soient pas oubliés nos défunts, ni le courage, la dignité, le patriotisme des héros, aujourd’hui tombés dans l’anonymat qui ont sauvé des innocents et souvent contribué à la préservation de notre honneur. C’est pourquoi, au nom de l’association Les Passeurs de Mémoire, je souhaite que tous, collectivement, nous œuvrons à la réussite de cette commémoration et j’invite par conséquent tous les Tourouvrains mais pas seulement, à prendre attache avec nous dès maintenant. Pour toutes nos victimes, Tourouvre se souviendra. Aujourd’hui et demain « .
Les 18 victimes
Célestin Friloux, Colombe Flogny, Auguste Benamon, Maurice Virlouvet, Julien Borioli, Jean Molton, Pierre Speicher, Louise Charon, Théophile Godin, Clémentine Giroux, Marcel Guedet, Raymond Richard, Armand Bled, Roland Jamet, Robert Lessard, Juliette Launay, René Armand, René Lefebvre.
article du Réveil Normand, 16 août 2023

Chers Amis,
Merci pour le récit de cette terrible journée du 13 août 44.
Je m’appelle Jacqueline MONTIER (aujourd’hui Rudel) et j’avais 6 ans quand je me suis retrouvée à Tourouvre… Mes parents m’avaient placée, afin que je sois bien nourrie, chez M. et Mme Buthaud qui tenaient un café près de la place du Patis. J’ai donc vécu cette journée là : Je suis allée jusqu’à ce camion pour y prendre des vivres mais je suis repartie en courant car les allemands nous ont tiré dessus… Après, je nous revois dans la cave au-dessous de la boulangerie, j’entendais les cris à l’extérieur de personnes sur lesquelles on tirait et puis les allemands nous ont fait sortir en hurlant et longer la Grande-rue en flammes… quelqu’un me tenait la main… il était tard… Je nous vois en effet tous arrêtés puis nous avons marché longtemps. Je commençais à avoir froid car la nuit tombait… un allemand a voulu mettre sa veste sur mes épaules et j’ai fait non de la tête…
Ensuite, je bois un grand bol de lait (au château de la Foucaudière ?)
Enfin, après cette journée terrible où j’ai eu très peur, je me revois sur les genoux d’un américain qui me fait sauter et me donne des tablettes de chewing-gum.
(je rappelle que j’étais placée chez des personnes propriétaires d’un café), Comme c’était devenu joyeux tout d’un coup.
Je suis allée à l’école à Tourouvre où j’ai appris à lire et suis rentrée chez mes parents deux ans plus tard.
Je suis revenue à l’âge de 54 ans et j’ai revu Mme Deffoin qui se souvenait très bien de moi… nous étions dans la même cave et surtout à l’époque, j’allais la voir tous les jours car j’adorais être chez elle : elle était très accueillante. Je crois aussi qu’elle-même avait donné naissance à une petite fille ou que celle-ci était toute petite…
Tourouvre… je n’oublierai jamais. Personne ne sait qu’il y aura toujours un petit bout de moi qui fait partie d’eux…