Contexte
Les troupes allemandes stationnent en juin 1940, Tourouvre connut le pillage des premiers arrivants. En particulier les caves des maisons dont les occupants étaient partis en exode, furent particulièrement visitées.
Automne 1940 : Un régiment du Service Cartographique, sans vexations particulières pour les habitants, Il quittèrent les lieux au printemps suivant.
Mi février 1944 : Une troupe de la Wehrmacth, soldats d’un certain âge, Ils séjournèrent une quinzaine de jours.
Fin février : Des Allemands de la division Adolph Hitler de la 12ème S.S. 57766 C avec le capitaine Bör, nazi de la pire espèce pour le malheur de Tourouvre. Des soldats arrogants, réquisitionnant les meilleurs logements.
L’activité aérienne est intense comme la résistance avec Jean-Yves OLLIVIER (brigadier des Eaux-et-Forêts), Lucien Girard son adjoint et leur équipe. Les Allemands recherchent les maquisards et les réfractaires au Service du Travail Obligatoire en Allemagne. Ces derniers installent un mirador de 40 m en forêt près de L’Etoile du Perche pour l’observation.
Ces S.S. se concentrent surtout à l’Abbaye de La Trappe à Soligny-la-Trappe de novembre 1942 à février 1943. Ils partent ensuite pour la Russie puis reviennent en avril 1944. lls Partent pour Tourouvre pour laisser la place à 3 hôpitaux allemands qui s’installent à l’Abbaye de début août au 12 août 1944.
Dans la nuit du 5 ou 6 juin : Dès minuit, les habitants sont réveillés par un bruit de bombardements lointains. Les Tourouvrains pensent au débarquement tant attendu.
L’effervescence est importante chez les Allemands, ils réquisitionnent tous les véhicules, chevaux, plateaux fourragers…
Des passages incessants d’avions bombardiers pour atteindre les ponts et lignes de chemins de fer.
Mi-juin : Des réfugiés de Caen et des environs arrivent à Tourouvre et dans toute la région, s’installent dans les fermes et maisons libres. Des chutes de V1 (avion sans pilote) se font dans le Perche (Autheuil, Saint Victor-de-Réno, Soligny-la-Trappe).
Le 13 août, heure par heure…
Semaine du 6 au 13 août : Des chars passent dans le bourg et remontent au front. La déroute allemande commence. Ils réquisitionnent encore des chevaux, voitures à gerbes et des Tourouvrains pour des transports à Verneuil-sur-Avre.
Début août : Les tailleurs et cordonniers allemands se préparent à partir.
Vendredi 4 août : Ils boivent plus que de raison, tard dans la nuit…
Vendredi 11 août : Dans la soirée, arrive des convois de bêtes menées par une cinquantaine de jeunes gens volontaires des Equipes Nationales instituées par Vichy, qui seront présents le 13 août. Certains auront une conduite exemplaire lors de la nuit tragique.
Samedi 12 août : 60 soldats S.S. environ compose la garnison de Tourouvre. Face à l’arrivée imminente des Américains, les dernières voitures se préparent à partir.
14h00 : Départ d’un convoi avec du matériel emmagasiné dans la maison Foucault (ancienne infirmerie).
16h00 : Bombardements par avions d’un des camions allemands. Pierre Gransard et Jean Molton (de la Croix Rouge) s’engagent dans la zone dangereuse et ramènent sur 2 brancards un soldat blessé et un mort.
Vers 18h00 : L’un des camions est pris pour cible par des avions canadiens qui mitraillent le convoi au niveau du passage à niveau de la gare. Des blessés et un soldat allemand tué qui est emmené à la Kommandantur.
23h00 : Départ complet, remorque, camions et soldats allemands. Dans la nuit : Retour du camion et de la remorque (pneu crevé)
Dimanche 13 août : Il fait beau et même chaud, les habitants sont anxieux dans l’attente des Américains.
7h30 : 2 mitrailleuses sont installées à la Place du Paty, l’une dirigée vers la route de Bivilliers, l’autre sur celle de Moulins ;
9h00 : Les Allemands partent et reviennent suite à un sabotage de leur remorque ; 13h00 : Départ en reconnaissance du capitaine Bör et de soldats ;
14h00 : Ils sont de nouveau dans le bourg et boivent du Cognac, butin du camion ; 15h00 / 16h00 : Tiraillade désordonnée. Ils tirent en l’air sur les toits.
17h00 : Une voiture blindée et deux jeeps américaines arrivent Place du Paty, la riposte allemande contraint les alliés à se replier ;
18h00 : Les S.S. arrosent la Place du Paty d’obus et de mitraille, sont tués à l’angle de la D32 et la rue de La Rosière : Louise Charron, Bernadine Giroux, Théophile Godin et mortellement blessé René Lefeuvre (il décédera à l’hôpital du Pin-la-Garenne le 17 août).
18h45 : Une voiture arrive de la forêt à la Place de la Mairie, elle tire à la mitrailleuse et pulvérise les vitrines des magasins ;
20h30 : Des S.S. arrivent de la forêt, d’autres par la route de Sainte-Anne, un char se positionne route de Moulins. Ils encerclent le bourg, des coups de feu sont tirés, des grenades explosent. La population se réfugie dans les caves. Les S.S armés de grenades ou tirant des rafales de mitraillettes, font sortir les habitants, ils arrosent les maisons d’essence avant d’allumer le feu. Des hommes sont traînés et abattus. Tourouvre est à feu et à sang. On implore, on supplie, les S.S. tuent et mitraillent encore lâchement, une petit chien sur les marches de la maison de son maître. Pendant plus de 2 heures, ce sera la chasse à l’homme, la tuerie la plus abjecte.
21h00 : Des otages amassés le long du mur de l’école, attendent face à un char et des mitraillettes et sont conduits au château de la Foucaudière. Au cours de la nuit, le boulanger Robert Guerrier (ancien prisonnier en Allemagne à la guerre 1914 à 1918) dialogue avec les officiers et fait comprendre que le soldat égorgé à la Kommandantur qu’il a été tué aux bombardements des alliés.

Et après, la reconstruction…
Lundi 14 août :
Les otages sont relâchés, les S.S. réactivent les foyers d’incendies, font sauter les munitions entreposées à la Kommandantur et allument l’incendie de cette maisons avant de partir définitivement de Tourouvre.
20h00 : Arrivée des tanks américains et soudain, du côté du bourg, une clameur d’élève ; à toute volée les cloches sonnent, vers le Sud, là-bas, à Autheuil, une autre sonnerie répond… Au balcon de la Mairie flotte le drapeau tricolore, les maisons continuent à brûler, le cauchemar est terminé.

Les autres victimes : Juliette Launay et Colombe Flogny (Grande Rue avant la Place du Paty), Ulysse dit Célestin Friloux (Carrefour route de Mortagne), Roland Jamet, Maurice Richard et Armand Bled qui agonisera sur les marches de la Mairie, Auguste Benhamon et Maurice Virlouvet devant la maréchalerie (toilettes actuelles), Julien Borioli et Robert Lessard (passage de l’Ancienne Poste qui donne dans la Grande Rue, Rue du 13 août actuelle), René Armand (Rue d’Autheuil, des Frères Juchereau actuelle), Pierre Gransard et Jean Molton (Place Chéron, Place du Canada actuelle) et enfin, Marcel Guédé sur le pas de sa porte (Rue Mondrel, Rue du Québec actuelle).
18 victimes, 9 blessés (dont Mlle Charron qui deviendra aveugle, Françoise Brosse 12 ans blessée au ventre, un enfant de trois mois sont blessés et Victor Bobet qui aura le bras coupé), 57 maisons incendiées et 184 habitants sans abris.
Un miraculé : Abandonné de force, sous la menace du pistolet, dans une cave, un vieillard impotent passera la nuit avec, au-dessus de sa tête, le ronflement de l’incendie, il échappera ainsi à la mort !
Jeudi 17 août :
11h00 : Service funèbre, Tourouvre en deuil, pleure ses morts.
Des personnes averties : Certaines personnes ont assuré que quelques jours avant leur départ, des Allemands parlèrent d’un grand malheur qui allait s’abattre sur Tourouvre. D’autres bien placées pour recevoir des informations, semblent avoir quitté le bourg dès le samedi… Coïncidence, hasard ou bon conseil ?

La reconstruction : Rapidement, les Tourouvrains nettoient du mieux qu’ils peuvent leur village. Des baraquements sont montés sur la Place de la Mairie afin d’accueillir sinistrés et activités commerciales.
Comme pour toutes les villes détruites un peu partout en France, un plan de reconstruction de Tourouvre désigné par le ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme est mis en place.
A la fin de l’année 1945, l’architecte désigné, un certain André Gonnot, présente ses propositions au conseil municipal, à la Préfecture et au ministère. Tout ceci avec la supervision du général d’Amonville qui a une idée précise pour Tourouvre.
Si le projet est prêt fin 1945, il faut attendre août 1947 pour qu’il soit approuvé par le conseil municipal. Le chantier démarre en mars 1948 avec le concours de trois architectes parisiens. La route est élargie et les commerces regroupés autour de cet axe, face au village de Autheuil.

