L’intervention de Robert Guerrier le 14 août 1944 est bien connue à Tourouvre. Boulanger puis maire, il a marqué la ville
de son empreinte. Aujourd’hui, sa petite fille recherche des témoignages sur ce qui s’est déroulé dans la forêt cette nuit-là.
Le 12 août 1944, un jour avant le massacre qu’a connu Tourouvre, 60 SS sont encore stationnés dans le village et se préparent à partir. Alors que les Américains approchent, dans la nuit du 12 au 13 août, des sabotages poussent les Allemands à rester dans la ville. Deux mitrailleuses en batterie sont installées aux entrées du bourg : une, route de Bivilliers tandis que la seconde est installée route de Moulins-la-Marche. Le 13 août à 20h30, les SS encerclent le village.
Tourouvre massacrée
C’est le début d’une longue soirée. Armés de grenades et des mitraillettes, ils font sortir les habitants, qui s’étaient réfugiés dans les caves, et mettent le feu aux maisons. Des hommes sont trainés hors de chez eux et abattus. La population est rassemblée devant le mur de l’école. Trois personnes sont exécutées. Aux alentours de 23h30, alors que les habitants ont assisté à des exécutions et à la mise à feu de leur village, 80 personnes sont rassemblées et amenées dans la forêt au château de la Foucaudière. Les Allemands, énervés par le décès de l’un des leurs la veille, menacent de tuer tout le monde, si un autre de leur camarade est blessé.
C’est à ce moment que Robert Guerrier, Tourouvrain faisant partie des personnes regroupées, décide d’intervenir. Grâce au peu d’allemand qu’il a appris pendant la Première Guerre mondiale, il parvient à raisonner les soldats, évitant un autre massacre. Le lendemain à 9h, les 80 Tourouvrains sont relâchés sains et saufs. En cette funeste soirée, ce sont 57 maisons qui brûlent, 18 personnes de tuées et 9 de blessés. Depuis l’histoire de Robert Guerrier, vétéran de la Premier Guerre mondiale, boulanger du village et ensuite maire, se transmet de génération en génération. Un devoir de mémoire nécessaire, en souvenir des 18 morts.
Aujourd’hui, Catherine Guerrier, petite-fille de Robert Guerrier, est à la recherche de témoignages sur son grand-père. Grâce aux réseaux sociaux, elle lance des appels pour en apprendre un peu plus sur celui qu’on surnomme aujourd’hui « le héros de Tourouvre ». L’histoire de son grand-père se transmet dans sa famille notamment grâce aux commémorations, « la dernière conversation que j’ai eue avec ma tante, c’était à propos de mon grand-père, car tous les ans, elle regardait dans le journal comment on en parlait ».
De nos jours, les trois enfants de Robert Guerrier sont décédés, mais il a eu une digne succession de sept petits-enfants. Catherine recherche des témoignages pour lui « raconter l’histoire de la forêt ». Bien sûr, elle en connaît les grandes lignes notamment grâce au témoignage de madame Deffoin, employée des Guerrier qui a, elle aussi, était emmené en forêt ce soir-là. Dans ce témoignage, « madame Deffoin raconte qu’elle était cachée dans la cave avec son bébé et que les Allemands sont venus les chercher pour les amener dans la forêt ».
« Remplie
d’admiration »
Depuis son appel aux témoignages, « quelques personnes m’ont envoyé des messages pour me dire qu’ils habitaient dans la rue à son nom, d’autres pour me dire qu’ils le connaissaient en tant que boulanger ». Pendant les périodes de commémorations, « des documents avaient été donnés à mes parents » et « un journaliste a fait une interview avec mon père pour parler de la Seconde Guerre mondiale ».
À la fin de la guerre, son père était alors âgé de 17 ans. Même si ceux qui ont vécu cette époque ont disparu, « je sais qu’il n’y aura pas de personnes directes pour m’en parler », Catherine arrive à grappiller des informations ici ou là. « J’ai rencontré un homme qui m’a dit qu’il connaissait quelqu’un, qui se souvenait de mon grand-père à genoux devant les soldats allemands en les suppliant de ne pas les tuer ». Ce pan de l’histoire « connu surtout par les anciens » lui permet de la « remplir d’admiration pour Robert, pour son sang-froid, et son courage ».
Robert Guerrier est décédé plusieurs années après la guerre « en 1967 ». Selon les dires, « c’était un bon vivant, un extraverti qui avait de bon rapport avec les gens. Il travaillait dur et a fini par être élu comme maire du village ». Quant à Tourouvre, la ville gardera toujours une place importante dans la famille Guerrier, « c’est le lien ».
Le père de Catherine, Jean, a suivi les traces de son illustre paternel et a aussi été « boulanger à Tourouvre », avant de partir vivre dans la région parisienne à l’époque où Catherine avait 4 ans. Malgré cette nouvelle vie parisienne, Catherine venait passer « toutes les vacances d’été chez ma grand-mère à Tourouvre ».
Une histoire familiale qui aura marqué aussi bien la ville, que les habitants.

Le 13 août 1944 a marqué à jamais ma famille et chaque année nous celebrions cet anniversaire en souvenir de cet évènement qui aurait pu l’anéantir à jamais, auquel cas je ne serais pas là pour en parler.